Plaidoyer pour les mauvaises herbes

En langage courant on regroupe sous cette appellation tout un ensemble de plantes dont la composition varie selon le lieu et le moment. En fait pour les plantes le terme réel est adventice ce qui veut dire « ne fait pas partie de la chose », survient incidemment, s’ajoute accessoirement. On comprend alors que tout dépend de la « chose ».

Il y a encore quelques années la seule réponse apportée était l’usage des produits phytosanitaires et une chasse totale à ces intruses. Les caniveaux de Samois s’en souviennent. Le temps a passé et nous savons aujourd’hui que tous ces produits détruisent à la fois notre environnement et notre santé. Alors il a bien fallu s’adapter. De nouveaux procédés de chasse aux adventices ont été mis en œuvre mais beaucoup moins performants ils nous ont amenés par obligation à accepter de voir un peu partout pousser des mauvaises herbes.  

Peu à peu nous les avons regardées et nous avons découvert qu’une mauvaise herbe pouvait être une bonne herbe selon le regard que nous portions sur elle et le temps passé à mieux la connaitre. Même le chiendent qui nous attaque partout et se répand avec une facilité déconcertante est utile comme diurétique et anti inflammatoire des voies urinaires. En temps de disette nos ancêtres utilisaient ses rhizomes comme un ersatz de farine. Les chiens et les chats le mangent pour nettoyer leur estomac. Les chevaux qui en consomment ont une robe plus soyeuse. Alors est-il vraiment mauvais ?  Il n’empêche qu’il est difficile de s’en débarrasser là où il n’est pas le bienvenu. Alors si vraiment il vous empoisonne la vie plantez des œillets dinde et des soucis, le chiendent les fuit et les limaces aussi!

Et que dire de toutes les autres herbes qui n’ont pas été invitées ? On connait désormais leur rôle essentiel pour la protection du sol et pour la préservation de la biodiversité. 

Des études récentes montrent que les impacts sur les rendements agricoles ont souvent été mal interprétés. Il est certain que la présence de quelques espèces d’adventices compétitrices avec la culture et devenues résistances aux traitements chimiques en fait baisser le rendement.  A l’inverse une plus grande diversité d’espèces au sein d’une communauté adventice permet une meilleure complémentarité dans l’usage des ressources (lumière, eau, azote, …) que se partagent les adventices et la culture, et ainsi réduit l’intensité de la compétition. A chaque fois que nous parlons de biodiversité la richesse variétale du milieu est un facteur positif car elle assure l’équilibre de l’écosystème. 

Il ne s’agit pas de laisser se développer partout tout et n’importe quoi. Il s’agit juste d’admettre que chaque plante, fut-elle qualifiée de mauvaise, a de bons côtés et mérite notre intérêt. Apprenons à mieux les connaitre pour mieux comprendre leur apport dans la nature et pourquoi pas dans nos assiettes (ortie, lierre terrestre, pissenlit…). Découvrons leurs usages dans la pharmacopée cela éveillera notre intérêt et peut être même notre respect. Réservons leur un peu de place dans nos jardins et au pied de nos murs, elles accueilleront des insectes régulateurs comme les coccinelles. Et admirons aussi les fleurs qu’elles offrent aux butineurs et à nos yeux. 

Seul un effort de connaissance de ce qui nous entoure peut nous conduire à en comprendre la valeur et nous inciter à chercher des solutions de cohabitation dans le respect des équilibres de la nature.