Gestion des espaces verts volontairement différenciée

Déjà engagée dans une démarche d’arrêt des phytosanitaires pour la préservation de la qualité de l’eau, la ville de Samois-sur-Seine envisage de se lancer dans une nouvelle gestion de ses espaces verts en faveur de la biodiversité : la gestion différenciée.
Cette technique consiste à entretenir différemment les espaces en fonction de leur usage et des nécessités biologiques du milieu.

Une telle gestion n’est pas mise en place au hasard : plusieurs types de secteurs du domaine public vont être définis. D’un côté, les espaces à gestion dite « intensive » : ce sont les zones les plus fréquentées par les habitants, espaces qui nécessitent un entretien régulier notamment en matière de tonte. De l’autre côté, des zones de gestion dite « annuelle » (ou « extensive »), c’est-à-dire des sites qui ne sont pas destinés à être fréquentés ou foulés de façon régulière, et dans lesquels les services municipaux laisseront s’épanouir la nature (faune et flore), sans pour autant arrêter totalement de les entretenir, mais avec une seule fauche par an. 

Ce zonage sera défini pour respecter les spécificités de chacun des espaces, avec le soutien technique de Seine-et-Marne environnement, agence départementale environnementale. Il s’appuiera entre autres sur l’Atlas de la Biodiversité Communale actuellement en cours de construction. Les espaces préservés pourront être  des lieux où une espèce particulière a été repérée ou un endroit particulièrement intéressant de par sa situation et son voisinage. 

Cette démarche n’est pas toujours comprise de riverains, qui peuvent penser que c’est par négligence que certains sites ne sont pas entretenus. En effet, depuis les années 1950, un entretien intensif des espaces verts a été appliqué en France de façon quasi-systématique, répondant à des exigences d’ordre surtout «esthétique» d’un gazon ras et vert, un peu comme une mode et, totalement à tort, d’ordre hygiéniste.
Du coup, au lieu d’employer les termes « couper » ou « tondre », on a tendance à utiliser le mot « nettoyer ». Alors qu’un trottoir même bien balayé est assurément plus sale qu’un coin d’herbes sauvages. 

Bien souvent, cette gestion du « propre », néfaste à la biodiversité, est en outre coûteuse, polluante, gourmande en temps et fastidieuse. Par ailleurs, elle est déconnectée de l’usage et facilitée par la mécanisation : donc tout espace se devait d’être tondu ras !
La mise en place de la gestion différenciée sur l’ensemble du territoire communal permettra ainsi de mobiliser les agents communaux sur d’autres actions, mais également de préserver notre environnement. 

Concrètement, vous allez découvrir sur la commune des zones traitées en fauche annuelle unique : il s’agit de réaliser une seule coupe par an. A force de tondre, peu de plantes sauvages ont le temps de fleurir. Qui sait encore qu’il existe jusqu’à 37 espèces d’orchidées dans la région (même dans votre jardin !) ?  Cette technique permet ainsi à l’ensemble des plantes sauvages herbacées de terminer leur cycle de vie (jusqu’à maturation des graines). Ces plantes nourrissent mieux les insectes locaux que les plantes horticoles et surtout leur permettent de se reproduire : papillons (particulièrement leurs chenilles), criquets, abeilles (dont des centaines d’espèces solitaires méconnues et inoffensives), etc. Les oiseaux profitent à leur tour de tous ces arthropodes.

De plus ne plus de communes appliquent la gestion différenciée

Les zones de fauche annuelle renforcent ainsi la « trame verte et bleue » : un réseau de continuités écologiques assurant des fonctions indispensables en faveur des espèces animales et des milieux naturels (cachettes, déplacements sécurisés, échanges, etc.). Elles nous rendent aussi de nombreux services : épuration des eaux, lutte contre l’érosion des sols, effet « éponge » contre les crues.

Évidemment, cela peut encore surprendre certaines personnes  aujourd’hui! Nous ne sommes plus habitués à ce type de gestion où la Nature reprend quelque peu ses droits au sein même du territoire urbain. Mais ces espaces, après un ou deux ans de stabilisation vont s’embellir dès lors que les fleurs sauvages typique des prairies vont se développer. Ils seront propices à la biodiversité et capables de capter du gaz carbonique. 

En portant un regard nouveau, sur la faune et la flore sauvages, nous côtoierons ces espèces que nous avons parfois qualifiées de mauvaises herbes, sur les espaces publics ou dans nos jardins. Outre leur beauté (marguerite, coquelicot, papillons, oiseaux, etc.), ces espèces renferment peut-être le médicament qui nous soignera dans quelques années.

Une telle démarche nécessite une communication adaptée pour expliquer et des actions d’informations pour découvrir notre biodiversité locale, notre patrimoine vivant .
Elle suppose aussi la participation de tous. D’abord pour respecter les « espaces sauvages » : il ne s’agit pas de zones interdites mais de zones à visiter avec précaution et respect. Ensuite pour appliquer les mêmes principes chez vous, car la protection de la biodiversité n’est pas uniquement l’affaire des collectivités, nous sommes tous concernés.